Dieu et la science

Encore une fois, un journal à caractère scientifique nous sort un numéro hors-série (Décembre 2013) sur ce sujet épineux pour beaucoup : Dieu vs. la science.

1. Absence de rigueur et d'objectivité

J'avais déjà fait un retour sur le dossier écrit par le magazine "La Recherche" sur le même sujet (Dieu et la science), avec le même titre. Science & Vie est plus orienté "vulgarisation", nettement moins technique, et je dois dire que c'est un des points qui m'a semblé vraiment désagréable lors de la lecture : l'absence de références précises aux sources.

La religion est abordée, tout d'abord comme un sujet d'étude scientifique : sous ses aspects biologiques, historiques, évolutionnistes, etc. Les titres donnent l'impression qu'on sait beaucoup de choses, mais en réalité la conclusion, c'est qu'on a beaucoup de mal à étudier "le mystère de la foi"...

Dans une deuxième partie, c'est le lien entre science et foi qui est abordé : certains hommes scientifiques étaient croyants à une époque (une petite sélection est présentée, de Copernic à Einstein, dont Pascal, mais ils ne parlent pas de Maxwell ou Faraday) et voyaient la foi comme moteur de leur recherche scientifique, alors qu'il est constaté que de nos jours (grande nouvelle !) ce n'est plus la tendance. Avec au passage une erreur révélatrice : page 114, un titre de paragraphe souligne "Des académiciens athées à 93%". L'article précise : "une étude d'Edward Larson a constaté que seulement 7% [des membres de l'Académie des Sciences Américaines (NAS)] étaient croyants !".
Malgré l'absence de référence exacte, j'ai pu trouver sur internet des précisions sur cette étude. En voici les chiffres :
Belief in personal God 1914 1933 1998
Personal belief    27.7    15    7.0
Personal disbelief    52.7    68    72.2
Doubt or agnosticism    20.9    17    20.8
Effectivement, la proportion de croyants diminue de façon importante... mais on ne partait pas de très haut en 1914 (moins de 30%). Parler de 93% d'athées est faux, le véritable chiffre est de 72%, puisqu'il faut compter les 20% d'agnostiques. Aïe, Science & Vie aurait-il un parti pris ???

2. Le matérialisme, avant tout

L'impression générale que je retire de la lecture de ce numéro, c'est que Science & Vie, sous une apparence de neutralité, rend ses hommages à la science purement matérialiste. On peut traduire ainsi leur conclusion : "La science concerne ce qui est matériel, la foi ce qui est immatériel, et il n'y a donc aucune contradiction, aucun conflit possible. En dehors des fanatiques, évidemment, que l'on ne pourra jamais contrôler."

Dans l'introduction de l'article "Dieu a-t-il encore un sens ?" (p.101), l'auteur laisse bien penser que science et foi travaillent sur des domaines différents :
Certes, la science a progressivement contredit le récit de la création de l'Univers fait dans les Saintes Écritures. Mais en restant muette sur les origines du monde, elle laisse en réalité toute sa place à Dieu ou à tout principe transcendant.
Mais, si donc on autorise à être scientifique et religieux, c'est à une condition (p.105) :
À condition que l'idée qu'un scientifique se fait de Dieu ne lui serve pas de guide dans son exploration d'une réalité dont la science, par postulat méthodologique, ne conserve que le caractère matériel.
Finalement, c'est probablement par là qu'est le nœud du problème : la science n'est pas restée muette sur les origines du monde, et a voulu y imposer son postulat matérialiste. Pour moi, un scientifique chrétien essaie d'expliquer le monde par rapport à ce qu'il observe -- mais il sait que ce qu'il découvre sur le monde ne peut pas contredire ce que Dieu lui révèle.

Les scientifiques ont poussé très loin le matérialisme : c'est devenu plus important que la recherche de la vérité. Un certain Richard Lewontin le dit clairement (source) :
Our willingness to accept scientific claims that are against common sense is the key to an understanding of the real struggle between science and the supernatural. We take the side of science in spite of the patent absurdity of some of its constructs, in spite of its failure to fulfill many of its extravagant promises of health and life, in spite of the tolerance of the scientific community for unsubstantiated just-so stories, because we have a prior commitment, a commitment to materialism. It is not that the methods and institutions of science somehow compel us to accept a material explanation of the phenomenal world, but, on the contrary, that we are forced by our a priori adherence to material causes to create an apparatus of investigation and a set of concepts that produce material explanations, no matter how counter-intuitive, no matter how mystifying to the uninitiated. Moreover, that materialism is absolute, for we cannot allow a Divine Foot in the door.
Il me semble évident qu'un chrétien ne peut pas adhérer à de tels principes... ce qui lui permet de faire usage de son bon sens, par la même occasion ;-).
Proverbes 1:7, 28-33
La crainte de l'Éternel est le commencement de la science...
Alors ils m'appelleront, et je ne répondrai pas ;
Ils me chercheront, et ils ne me trouveront pas.
Parce qu'ils ont haï la science,
Et qu'ils n'ont pas choisi la crainte de l'Éternel,
Parce qu'ils n'ont point aimé mes conseils,
Et qu'ils ont dédaigné toutes mes réprimandes,
Ils se nourriront du fruit de leur voie,
Et ils se rassasieront de leurs propres conseils,
Car la résistance des stupides les tue,
Et la sécurité des insensés les perd ;
Mais celui qui m'écoute reposera avec assurance,
Il vivra tranquille et sans craindre aucun mal.

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